A travers la fin des temps

Dans le hall d’entrée, plongé dans le noir, se trouve certainement des peintures ou encore des chandeliers, mais nous ne parvenons pas à distinguer la moindre chose, hormis une très faible luminosité naturelle qui borde une encadrure de porte devant nous et s’empare des moindres failles d’ornements pour y transpercer. Un aspect féerique et attirant émane de cet antre. Il y a apparemment d’épais barreaux sculptés, trois par pans de porte; celle-ci se présentant à première vue de la même conception que celle permettant l’accès à la tour, actuellement traversée. L’obstacle de bois massif, face à nous, est doté de deux ouvertures, formant chacune un quart de cercle, dans lequel on peut deviner des fresques cisaillées.

Nos pas raisonnent dans la pièce où nous évoluons, malgré toute l’attention que nous mettons à éviter cela. Les épais murs de pierre ainsi que la hauteur des pièces ne sont pas propice à la discrétion. Hâté par les échos martelant projetés par nos mouvements et qui tournoient autour de nous, nous nous présentons à tâtons devant la seconde porte et poussons énergétiquement dessus afin de l’ouvrir. Un nouveau gémissement du bois asséché par les siècles et déformé par l’humidité, se fait entendre, comme un cri poussé dans une grotte et rebondissant sur les parois de la cavité. L’encadrure pèse lourdement sur le bois minutieusement travaillé de la porte, dilatée par les années et qui, comme un hommage aux chants chrétiens de l’époque, entame en chœur un long grincement lourd et rauque.

Devant nos yeux transpirant l’inquiétude, se dresse une salle faiblement éclairée par une large bougie se consumant sur un chandelier doré de plus d’un mètre de haut et entièrement façonné à la main. Malgré cet objet brûlant lentement au fond de la salle, il ne semble n’y avoir personne ici non plus. Un élan de sueur nous parcours à tous deux l’échine, lorsque nous prenons conscience mutuellement du risque inconscient que nous venons de prendre en franchissant l’entrée de cette pièce; hypnotisés par cette lumière et sans avoir pensé que cette luminosité pouvait ne pas venir des reflets de la lune au travers des vitraux. Nous échangeons un regard sensiblement honteux de cette erreur qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques et, recommençant peu à peu à respirer, après avoir eu le souffle bloqué, reprenons notre découverte des lieux.

Le plafond, surélevé et voûté comme dans une cathédrale, rappelle les constructions prestigieuses du Moyen-âge. Des piliers en pierre arpentent les hauts murs pour soutenir l’architecture et modeler les sons des harmoniques qui devaient illuminer l’endroit grâce à des centaines de voix. Je ne parviens pas à distinguer le fond de la salle, celle-ci étant trop vaste et la lumière diffusée par la bougie n’étant pas suffisamment puissante pour combattre l’ensemble de noirceur qui emplit les lieux. Cependant, je crois deviner, me souvenant de la forme particulière du bâtiment vu de l’extérieur, qu’un grand espace prévu pour la chorale devrait se trouver au fond, devant nous, ce qui explique ce type d’architecture.

Levant les yeux, je constate un balcon nous surplombant, tandis que François commence à avancer le long du couloir qui se dessine devant nous en passant entre une longue série de bancs en bois précieux sombre. Chacun de ces longs sièges communs est orné de gravures anciennes, taillées avec une précision et une habileté époustouflante. Au bout de certaines rangées de bancs, placé au bord de cette grande pièce, plaquées contre les murs clairs, des silhouettes de statues se dessinent dans l’obscurité. On devine facilement qu’il doit s’agir de représentation de la Vierge Marie, de son fils Jésus ou encore de Joseph, le charpentier.

Au bout de l’allée de bancs, dominant la foule imaginaire, se dresse majestueusement un perchoir, tout de bois et dont un escalier permet l’accès. Des formes lugubres se rejoignant en pointes forment la partie inférieur de l’édifice, se dirigeants vers le sol. De petits personnages angéliques sont ajoutés à la circonférence de la base formant le plancher de l’habitacle. Une palissade de sécurité encercle ensuite le promontoire afin d’assurer la prêche de l’homme de foie. Un rebord proéminent semble se démarquer de la pénombre, renvoyant quelques reflets de la bougie. Environs deux mètres au-dessus du promontoire se trouve un dôme dentelé et sur lequel s’élève un ange soufflant dans une trompette céleste.

Quelques mètres plus loin, luit une barrière de métal doré, sous l’influence de la flamme de la bougie, dansant dans les courants d’air. La masse circulaire de cire durcie, de couleur blanche et arborant une longue croix dorée sur toute sa hauteur, trône au coin droite du petit portail de fer. Celle-ci doit se consumer depuis plus d’une heure en tous cas.

Cette soudaine constatation m’amène rapidement à une nouvelle interrogation, me demandant comment cela se fait que cette bougie ne soit pas plus consumée, n’ayant vu personne dans le village et encore moins ressortir d’ici. Cela fait maintenant plus d’une heure que nous surveillions l’endroit pour nous y faufiler. Soudain, une vision d’effroi me parcours l’esprit et comme alerté par l’évidence, je m’approche rapidement de François, prenant encore d’avantage soin à ne pas faire de bruit, retenant mon envie de lui hurler de fuir. Une fois proche de lui, je lui saisis l’épaule et approche ma tête de son oreille pour lui faire part de mes craintes.

Restant un instant inerte, regardant fixement devant lui, avant de serrer le poing fermement, le plaçant en retrait le long de ses côtes, il se met soudainement à s’avancer jusqu’au pied de la barrière. Pour ma part, je suis figé sur place, curieux de son attitude et ne sachant pas comment réagir.

Il enjambe alors la limite de métal et s’enfonce peu à peu dans l’obscurité, dans le prolongement de la salle, s’éloignant à grand pas de la lumière. Je peux désormais commencer à voir l’ombre descendre le long de sa chevelure, avant de venir embrasser sa nuque. Bientôt viendra le tour de ses épaules, puis de sa colonne vertébrale, avant de s’attaquer aux genoux et, finalement, de happer ses pieds.

Mais, tout à coup, comme surgissant de nulle part, une voix brisée éclate et raisonne tout autour de moi. Un frisson me parcours, ce n’est pas celle de François. Arrêtez nous ordonne-t-elle. Partez, quittez ces lieux et ne vous retournez pas, conclut-elle, se faisant plus grave, plus sinistre. J’effectue une série de petits pas latéraux pour me décaler lentement sur ma gauche afin de tenter de percer du regard la nuit qui règne en cet endroit et découvrir où ce cache cet intrus. Une chose me paraît comme évidente, il ne s’agit assurément pas d’un des soldats de milice ou d’un garde quelconque; sans quoi nous serions déjà mis en joue par un fusil, ou pire encore. Qui plus est, nous n’entendons aucun bruit de pas hormis ceux de François qui continue à avancer dans le noir, il n’y a de ce fait pas de mouvement stratégique autour de nous.

Qui êtes-vous et où vous cachez-vous, me mets-je à crier. Mais seul un grand silence me répond, avec pour seul voix, la mienne qui rebondit sur les murs et se répercute plus loin.

Soudain, un enchaînement d’une dizaine de bruits éclate au fond de la salle, sortant de la pénombre comme une araignée bondissant hors de son trou pour infliger une morsure mortelle à sa proie. On dirait que quelque chose de métallique est tombé sur le sol et a rebondit, entraînant avec lui une multitude de petits objets divers tombant comme une fine pluie. Le timbre de voix de mon ami se fait entendre, annonçant avoir retrouvé le mystérieux bonhomme et m’invitant de suite à les rejoindre, derrière les esplanades pour les chœurs.

Marchant tout d’abords à vive allure en direction de la petite barrière dorée, me remémorant le ton de voix étrange pris par mon compagnon d’aventure, je commence à accélérer le pas, trouvant cela de plus en plus inquiétant. Sa voix était tremblante, comme si quelque chose lui avait fait peur. Le petit silence laissé entre son invitation à venir et sa précision d’urgence me laisse deviner la gravité de la chose. J’enjambe rapidement la petite barrière dorée et, à peine de l’autre côté, ne peux m’empêcher d’accélérer encore et encore le pas, jusqu’à en courir.

Je m’enfonce à mon tour dans l’obscurité ambiante, m’effaçant peu à peu et ne tarde pas à avoir la vision atrophiée par cette noirceur. Toutefois, je ne ralentis pas et continue ma course droit devant moi, suivant les petits cliquetis et frottements qui proviennent désormais en face de moi. Plus j’avance et plus mes yeux finissent par s’habituer à cet environnement, je commence à nouveau à pouvoir deviner certaines formes, comme les stalles qui remplissent les parois des façades ou encore un épais livre évangélique ouvert sur un présentoir de lecture, dont le pourtour se distingue. Un nouveau son me provient, cette fois on aurait dit celui d’un long grognement suivit de celui d’une patte humide que l’on jetterait à terre.

Je finis par m’arrêter d’un coup, après avoir percuté du bout de mon pied gauche un objet circulaire et métallique ayant été projeté en l’air par la charge, avant de retomber et rouler un peu plus loin. Je ne dois plus être bien éloigné de mon compagnon, me dis-je, commençant à fouiner du regard afin de le trouver. La forme de son corps accroupis et penché en avant finit par m’apparaître sur le côté droit de la pièce. Il semble en train de faire quelque chose, mais je ne parviens pas à distinguer de quoi il s’agit. M’approchant de lui afin de m’enquérir des évènements, je découvre avec stupeur un homme, au ventre bedonné et aux habits tachetés de vomissures. Ce dernier est couché sur le côté, une jambe allongée et l’autre repliée, afin de lui permettre de tenir en équilibre. Un de ses bras est replié sous sa tête, tandis que l’autre est tendu en avant. De sa bouche coule encore un filet de bave. A cet instant je comprends la provenance de ces bruits étranges entendus quelques secondes plus tôt.

Que s’est-il passé et qui est-ce, me mets-je à questionner mon coéquipier, l’air ahurit. Celui-ci me répond ne pas savoir de qui il s’agît, mais une chose est certaine, il a tenté de s’ôter la vie en avalant toute sorte de médicaments. Nous sommes arrivés juste à temps semble-t-il, rajoute François en tournant son regard sur le corps transpirant de l’homme. Laissons-le récupérer un instant et donnons lui du pain afin d’éponger les sucs gastriques empoisonnés et un peu d’eau pour diluer et purifier son sang, lui propose-je. Bonne idée acquiesce-t-il se relevant, en s’appuyant sur ses genoux fléchis. Occupes-toi de lui, je vais vite chercher de l’eau du bénitier et un paquet d’hosties, ça devrait faire l’affaire, me dit-il. Il doit certainement en avoir dans une petite armoire près de l’autel, ajoute-t-il, commençant à partir en direction de la bougie.

Le type gisant à mes pieds est parcouru par une série de spasmes et de convulsions suivis de toussotements. Il a froid, dis-je à François, attendant de lui qu’il ramène en plus une couverture ou un e étoffe de tissu permettant de le recouvrir et de le réchauffer. Ne le quittant pas des yeux, je tente de réactiver sa circulation sanguine en lui frictionnant le dos et tente de lui parler pour ne pas le laisser perdre connaissance. Il gémit et tente de se tourner sur le dos, mais je l’en empêche en poussant son épaule supérieure en avant, luttant avec lui. J’essaie de l’apaiser, mais mes mots ne semblent pas le réconforter, il persiste à vouloir se tourner. Son visage est trempé par la sueur, de la morve coule de son nez et son pouls bat la chamade. De son col dépasse désormais une chaînette d’argent au bout de laquelle pend une croix, scintillante dans l’obscurité.

Il semble faire une overdose, dit soudainement la voix de François, revenu à mes côtés, sans que je ne le remarque. Il faut le soulever et le faire marcher reprend-il, tout en se penchant sur l’inconnu et en saisissant son bras tendu en avant. A mon tour je me baisse et, m’emparant de son autre membre, replié sous sa tête, le soulève avec l’aide de mon ami. Chacun d’un côté du malade, nous commençons à marcher, le forçant à en faire de même, malgré sa faible condition. Cela te fera du bien, ne t’en fais pas, dis-je à l’oreille de l’homme suspendu à mon épaule, usant de toute ma force pour le maintenir.

Quelques pas plus tard, passant à côté du présentoir soutenant le livre d’écritures saintes ouvert, François se saisit d’une grande nappe blanche servant à recouvrir l’autel et la passe sur les épaules tremblantes du malade. Puis, se retournant à nouveau vers la tablette, il empoigne une petite coupe remplie préalablement d’eau bénite et la porte à la bouche écumée de l’individu. Bois, lui ordonne-t-il, poussant légèrement le socle en avant pour relever le fond et ainsi le forcer à tout ingurgiter d’un coup. Le mystérieux personnage feint de ne pas vouloir de notre aide, mais n’a plus assez de force pour nous résister et finit par se laisser faire.

Au bout deux heures et demi de soins et de marche, son état paraît enfin se stabiliser. Son estomac remplit d’eau et de pain semble avoir pu neutraliser l’acidité qui rongeait les parois de son fois et provoquait la mousse blanchâtre qui ressortait aux commissures de ses lèvres. Certes encore un peu tremblant et faible, mais à nouveau apte à communiquer avec nous de manière audible et compréhensible.

A la question, pourquoi avez vous fait cela, il nous répond, le souffle encore court, qu’il était un homme de Dieu, guidé dans sa foie aux travers de sa rigueur par ses convictions religieuses et l’amour de son prochain. Que jamais il n’aurait songé un jour en arriver là, mais que toutes ses croyances faisant le fondement de sa vie s’étant finalement révélées inexactes, il ne voit pas de raison de poursuivre cette existence. Il est convaincu avoir été trompé et abusé par ses croyances. Toute sa vie a été vouée à se préparer pour le Grand Jour, tentant à chaque instant de s’améliorer, d’écouter, de pardonner; cela pour une place amplement méritée, selon lui, auprès de son Seigneur. Ces mots claquent à nos oreilles comme un coup de feu dans l’air.

En y réfléchissant, je crois me souvenir en effet de passage de bible dont certains débattaient au coin d’une table, un soir dans un bistrot, proférant des mots comme « Apocalypse » ou «Fin des temps ». Mais, je n’avait jamais su de quoi ils parlaient exactement et partait du principe qu’il s’agissait de conversation de comptoir. Curieux de nature, je ne peux m’empêcher de demander à l’abbé de nous préciser ses dires afin que nous puissions nous aussi nous faire une idée de ces fameuses prédilections.

L’homme de foie se dirige alors vers le livre saint ouvert et se place derrière le présentoir de bois. De son index, il commence à tourner les pages, cherchant apparemment un passage précis. Pourriez-vous me rapprocher la bougie je vous prie, demande-t-il d’une voix calme et fatiguée. François, qui est le plus près, s’empare d’une main du cylindre de cire et de l’autre de sa base en fer forgé. Dans un vacarme dissonant, émis par le métal hurlant sur le sol carrelé, il tire le tout en notre direction, amenant la lumière dans cette partie sombre de l’Abbaye. Autour de lui, se profile tout un florilège de statuettes et de peintures accrochées aux murs.

Estimant les caractères suffisamment visible, l’homme d’Eglise commence à lire à haute voix : Des écrits de l’Ancien Testament, à travers les chapitres 11 et 12 du Livre de Daniel, en ressortent qu’il devait y avoir, dès la date du 25 mars 2009, une longue série de 1290 jours, soit, trois années et demie d’épreuves terribles pour l’ensemble de l’humanité. Puis, comme si cela ne suffisait pas, un mois et demi de bouleversements au niveau de la planète, équivalent à 45 jours de transformation. Finalement, la fin des temps, qui, jusqu’alors, était prévue pour les derniers jours de l’année 2012, année qui vient de s’écouler.

Tenez, nous dit l’homme de Dieu, voyez par vous-même, nous convie-t-il à lire, surélevant le livre ouvert devant lui. La partie de cette prophétie commence au verset 40 du chapitre 11 du Livre de Daniel et se termine à la fin du chapitre 12, qui en est le dernier. Ce texte dit ceci : « Au temps de la fin, le Roi du Midi se révoltera contre le Roi du Nord, et le Roi du Nord fondra sur lui comme une tempête, avec chars, cavaliers et navires. Pénétrera dans les terres et passera outre. Il viendra dans le pays de beauté. »

L’Eglise, tout comme bon nombre d’historiens, de sectes et d’hommes de tous rangs et de toutes classes sociales, étaient persuadés, moi le premier, continue-t-il, que ces écrits saints traitaient des faits marquants de ces six dernières années, l’évidence semblait telle, poursuit-il.

En écoutant ses paroles, je finis rapidement par comprendre où l’homme d’Eglise tente de nous amener dans sa réflexion. En effet, cette prophétie aurait parfaitement pu être interprétée en partant du principe que le Sud représenterait le Moyen-Orient et le Nord correspondrait aux Etats-Unis et à leurs alliés durant les deux guerres du Golf. Le Roi du Nord, dessiné sous les traits martyrisés des mouvances intégristes musulmanes, contre l’hégémonie Américaine, correspondant au Roi du Sud.

Je suppose que la partie mentionnant son passage dans les terres, en utilisant les termes « passant outre », avait été interprétée comme correspondant à la décision du président des Etats-Unis, prise en 2002, d’envahir coûte que coûte l’Irak. Décision qui avait été prise malgré les avis contraires exprimés par la majorité des gouvernements mondiaux, me mets-je à questionner l’Abbé.

Le religieux me sourit, acquiescent de la tête, poursuivant en nous expliquant que jadis, à l’époque de la Chaldée et de Sumer, Babylone était célèbre pour la beauté de ses jardins suspendus et la splendeur de son architecture. La Mésopotamie, actuellement appelé Irak, était réputée pour ses merveilleuses palmeraies qui s’étendaient à perte de vue entre les rives fleuries du Tigre et de l’Euphrate. Certaines traditions situent l’Éden, le paradis terrestre, dans la vaste région s’étendant de la Mésopotamie à l’Arabie et dont la limite sud est le golfe d’Ade.

La fin de la prophétie, reprend-t-il, du Chapitre 12, versets 11 à 13, dit exactement ceci et, suivant de son doigt noircit par l’encre des pages, il commence à lire : « À partir du temps où le Sacrifice perpétuel sera suspendu et où l’Abomination qui désole sera installée, il y aura 1290 jours. Bien heureux celui qui attend et qui parvient à 1335 jours ! Et toi, va jusqu’à la fin. Tu seras dans la paix et tu te tiendras dans ton lot si tu parviens à la fin des jours ».

Faut-il y voir une promesse d’héritage de notre propre et véritable condition d’Homme, questionne tout à coup François, visiblement fortement touché par les dires de l’Abbé. Mais la réponse de l’homme de foie indiquant que la réponse se trouve au fond de lui, ne semble pas correspondre aux attentes de mon ami, qui reste perplexe.

D’autres religions et civilisation avaient aussi annoncées la fin des temps pour la même année, reprend l’homme de Dieu. Par exemple, les Mayas, ce peuple si évolué et si complexe en avait une vision bien spécifique et très savante.

Pour eux, continue-t-il, relevant la tête du livre saint et nous regardant, le 21 décembre 2012 devait marquer la fin du grand cycle de 13 baktun dans leur calendrier. Le baktun est une unité permettant de définir une datation des événements historiques comme les successions ou les batailles et s’échelonnant sur une base complexe. Le kin correspond à un jour; le unial donne une période de 20 kinob, à savoir autant de jours. Ensuite vient le tun, correspondant à 18 unial, soit 360 jours. Puis le katun, qui lui, fait un temps de 20 tunob, ce qui représente une vingtaine d’année. Finalement, on trouve le baktun, période de 20 katunob et qui donne 394 années.

De ce fait, poursuit-il après une série de toussotements pour s’éclaircir la voix, le sicle de 13 baktun devant annoncer l’Armageddon représentait 1′872′000 jours, soit plus de 5125 ans.

D’autres cycles du calendrier Maya sont connus, il s’agit pour le premier du Tzolkin, qui correspond à une année de 260 jours non numérotés, à caractère divinatoire et religieux. Le second est le haab, sorte d’année vague, non numérotée, de 365 jours à caractère civil. Le troisième est le cycle nonéval ou cycle des « seigneurs de la nuit », d’une période de 9 jours. Le dernier, est le cycle des phases lunaires.

Les corrélations entre ces calendriers sont parfaites et sont attestées par toutes les inscriptions Maya retrouvées. Par exemple, on sait avec certitude que le jour appelé 6.12.11.5.18 au Compte long (soit 6 baktun, 12 katun, 11 tun, 5 uinal et 18 kin depuis l’Époque du Compte long) correspond à 11 Yax au Haab et 6 Etznab au Tzolkin qui est le jour de la mort de Pacal, seigneur de Palenque, premier Seigneur de la Nuit.

Nous savons que la date de 13.0.0.0.0 donne une idée de la date Maya de la création du monde, qui est 6. Les Mayas ont 17 calendriers différents, dont certains décrivent les événements temporels de façon précise pendant plus de 10 millions d’années, s’exclame notre conteur.

Après une période de transition allant de 1987-2012 et devant apporter destruction de l’environnement, chaos social, guerres, bouleversements planétaires et cataclysmes en série, les gardiens du Temps Mayas considéraient le 21 décembre 2012, solstice d’hiver, comme la date de la renaissance, début du Monde du Cinquième Soleil. La Grande transformation qui devait nous amener au cinquième soleil, à la cinquième dimension et au cinquième élément, sources de connaissance ultime pour les Hommes. Ce nouvel âge était appelé Itza chez les Mayas et représentait l’âge de lumière et de sagesse, censé apporter la conscience de la multi dimensionnalité. Une nouvelle Ère résultant du réalignement de l’axe polaire avec le centre de notre galaxie devait commencer. Mais pour ce peuple instruit, cette date buttoir n’exprimait pas la fin des temps, mais la transformation de notre univers, une évolution logique et normale.

La quasi-totalité des grandes périodes de la terre et des sociétés de l’homme analysé s’harmonisent avec ce cycle de 394 ans calculé par les Mayas.

La période glacière, dit-il haussant légèrement la voix, appelé aussi Pléistocène, laissa sur la planète des pôles de glace beaucoup plus importants qu’ils ne le sont aujourd’hui. La quasi-totalité de l’hémisphère nord et de l’hémisphère sud étaient couverts par les glaces. La dernière période glaciaire s’est étalée de 110.000 av. J.C. à pratiquement 13.000 av. J.C.

Puis survint la période Terra Incognita, identifiée ainsi à cause de son impact très important sur le développement des générations mégalithiques et modernes jusqu’à ce jour. Cette période débuta en 13.426 avant JC pour se terminer en 8.280 avant JC. C’est durant cette période que des civilisations et des continents tels que l’Atlantide, Mû ou encore Malaysia auraient disparus.

La période mégalithique, est la génération qui nous précède, celle des dolmens et des pyramides. D’une durée de 5146 ans elle aussi, elle débuta en -8280 av. J.C. et se termina en -3134 av. J.C.

La période de l’Après Déluge, est la période moderne. Elle comprend tout ce qui s’est produit depuis le dernier déluge jusqu’à ce jour. Elle débuta en 3134 av. J.C et devait se terminera en 2012.

Nous expliquant cela avec passion et enthousiasme, l’Abbé finit par se dégager de son présentoir et s’approche de nous, marquant un temps de pause. Venez, suivez-moi, nous demande-t-il. Je vais terminer mon histoire dans un lieu plus approprié, la bibliothèque. Il y reste encore tous les livres, les milices n’ayant étonnamment pas pris le temps de vérifier si tous les bâtiments avaient été entièrement contrôlés et vidés. L’Abbaye est tellement grande qu’ils en ont oubliés quelques pièces, s’exclame-t-il dans un long rire qui se répand comme une trainée de poudre dans la vaste enceinte raisonnante formant l’Eglise.

Nous le suivons sans poser de question et nous dirigeons vers l’entrée du bâtiment, où l’homme de foi, connaissant bien les lieux, cherche à tâtons la poignée d’un tiroir de meuble dissimulé dans le noir. Un bruit de frottement est émis, puis un craquement et soudain, un flash lumineux éclaire la pièce, avant de nous replonger dans le noir. Une fraction de seconde s’écoule sans que rien ne se passe, puis, lentement, la flamme d’une bougie, tenue fermement entre les mains de l’Abbé, s’allume.

Guidés par la lumière, nous empruntons un escalier qui se trouve sur le côté, resté inaperçu de notre part lors de notre premier passage furtif et montons le long de la tour pour accéder à une petite pièce parsemée d’étagères de bois. Sur ces dernières pèsent lourdement, depuis des centaines d’années pour certains, de vieux livres aux couvertures écaillées et aux pages jaunies. De la poussière recouvre les rangées soigneusement alignées et des toiles d’araignées sont tissées de part et d’autres des piliers maintenant les meubles de rangement en place.

Nous traversons la chambre de lecture et allons nous asseoir au fond, appuyés contre le mur, confortablement posés sur d’épais coussins, entassés là. Posant la bougie à terre, l’abbé redresse la tête, nous adressant un sourire et reprend la suite de ses explications.

Comme je vous le disais précédemment, la catastrophe climatique de 8280 av. J.C. eut un impact bien plus dévastateur que celui de 3134 av. J.C. Une des raisons est la présence d’un lourd manteau de glace, car le déséquilibre climatique a pour effet de gonfler le niveau des mers supprimant ainsi des milliers de kilomètres de côtes. Puis les brusques remontées de la mer engloutirent des régions entières en quelques heures.

Les cités qui avaient été épargnées, celles qui avaient eu la chance d’être construites en hauteur étaient souvent des temples ou les résidences secondaires de Rois. En plus de se retrouver ravagés par cette catastrophe climatique, les monarques d’alors n’avaient simplement pas les ressources pour remettre sur pied un système social viable. Le genre humain fut mis en péril par le chaos de la catastrophe qui anéantit tout sur son passage, recouvrant le peu qui restait de plusieurs couches de sédiments. Ceux qui restèrent eurent ensuite à survivre. Sur toute la surface de la Terre, l’homme était coincé entre la montée des eaux et le mur de glace. Tout ce qui n’était pas protégé par cette gangue de glace fut dissous pour ne laisser que les terres arides et désertes qu’elles sont aujourd’hui. Des forêts luxuriantes de l’Éden et de sa splendeur, il ne resta que sable et désert.

La génération d’hommes ayant existé pendant la période de Terra Incognita possédait apparemment un savoir et une connaissance surpassant la nôtre dans beaucoup de domaine. Toutefois, ils demeuraient des hommes avec des qualités et des défauts semblables aux nôtres. Ils eurent à faire face à de pareilles interrogations et des crises de croissances similaires. ils possédaient la vaste majorité de ce qui compose notre monde moderne. Un savoir très vaste. Non seulement la connaissance acquise durant leur propre génération à eux, mais une somme de savoir de quelques générations les précédant.

Un savoir tel, qu’il nous est difficile d’en percevoir la profondeur et la richesse, reconnaissent les historiens et scientifiques de nos jours. Leurs sciences du céleste n’avaient rien de religieux. Elle regroupait plutôt la cosmologie et les sciences de la Terre s’y rattachant. Une connaissance incomparable des lois du cosmos, de l’astronomie des cycles et de ses phénomènes suivant des observations astronomiques sur plusieurs millénaires. Les sciences de l’être, l’homme, son environnement, ses sociétés. La médecine et la pharmacologie, la chimie des molécules, biologie, alimentation, sociologie, politique, organisation sociale, philosophie, psychologie, religion. Les sciences appliquées, applications techniques des connaissances de mécanisation, métallurgie, des œuvres et du bâtiment, de l’harnachement des sources d’énergies et de l’utilisation de leurs puissances.

Marquant un nouveau temps d’arrêt pour nous regarder, l’homme de foi soulève son bras et me demande de me lever pour aller chercher, deux étagères plus loin, enfouit sous la poussière, un épais livre rouge, orné d’une lanière de filin d’or. Celui sur lequel est écrit en écriture latine « Demiurgium », me précise-t-il, attendant que je le trouve et le lui rapporte, pour continuer son explication.

Que veut dire ce titre, demande François, qui ne perd pas une seule miette des paroles du saint homme. Ayant réponse à tout, le serviteur de l’Eglise lui répond que dans la mythologie égyptienne, le démiurge était une entité créatrice, venant à la vie en prenant conscience de son existence. Par le verbe et la pensée. Elle créée toutes choses et sa puissance n’a de limite que les frontières de son esprit.

Le temps de cette précision, je m’en retourne, le livre en main et le tend à son destinataire. Nous y voilà, s’écrie-t-il lorsque je lui donne le livre.

Platon, reprit l’Abbé d’une voix toujours aussi enjoué par la passion, nous apprend qu’à la fin de Terra Incognita en 8500 avant J.C., les hommes qui vivaient sur cette île appelée Atlantide engagèrent une guerre contre ceux qui vivaient au moyen orient et sur le pourtour de la Méditerranée. Selon d’autres sources, une guerre eut lieu, utilisant des armes titanesques. Le cataclysme qui mit fin à la génération de Terra Incognita fit monter le niveau de la mer sur plus de 100 mètres en quelques mois, les tsunamis d’une violence extrême ainsi que les pluies diluviennes engloutirent tout durant un moment, à l’exception de 5 plateaux du monde ou la grande majorité des survivants s’étaient réfugiés, les derniers refuges importants des civilisations de l’époque du cataclysme de 8280 avant notre ère. Il s’agit du plateau mexicain, point d’origine de la civilisation mésoaméricaine; de l’Altiplano péruvien des civilisations de la cote sud américaine; du plateau d’Abyssinie, qui est le point d’origine des peuples noirs de l’Afrique du nord ou encore du plateau d’Iran, qui fut à l’origine des races nordiques et, finalement, du plateau de l’Himalaya, qui fut à l’origine des races asiatiques.

Les rescapés Atlantes ont dû rapidement être conscients d’être les derniers survivants d’une civilisation à jamais disparue. Les derniers Atlantes ont dû, pour survivre, s’associer aux autres peuples et leur transmettre les connaissances parcellaires qu’ils possédaient. Il n’a pu s’agir que de marins, de commerçants, d’ « Atlantes ordinaires » n’ayant pas le niveau de connaissance maximum des savants mais le savoir commun minimum du peuple. Avec ce bagage ils ont tenté de faire en sorte que la civilisation continue. Avec une réussite certaine puisque la « révolution néolithique » brise soudainement les habitudes paléolithiques et permet un nouveau départ.

Autour des derniers refuges de l’humanité, la vie se développa à nouveau, lentement. Et au fil des générations qui passaient et des nécessités qui s’ensuivaient, les priorités changeaient. Ces tribus éparses n’arrivaient pas à rivaliser avec les énormes moyens scientifiques d’une civilisation industrielle complexe telle qu’elle existait auparavant. La masse critique d’individus n’y était simplement pas. La compréhension et la façon de faire de la science se perdaient.

Au premier et deuxième millénaire de la génération mégalithique, tout ce qui représentait la science des anciens avait pris une telle importance, que des groupes d’hommes appelés «prêtres», jouissant de prestiges particuliers, étaient les seuls à pouvoir s’en approcher et la manipuler. L’étude de ce savoir leurs était réservée. L’importance de ces objets permettait une supériorité militaire inégalée, ce qui contribuait au bien être et au développement de la communauté. Même si tous les efforts étaient mis à ne conserver en bon état de fonctionnement que les plus importants, les armes, l’énergie, la capacité de fonctionnement de ces appareils s’érodaient au fil du temps amoindrissant d’autant le souffle de ces monarques.

Beaucoup des monarques qui peuplèrent cette époque choisirent de ne pas être dépossédés de cette science divine et de cette supériorité qu’elle procurait au royaume. C’est cette époque qui marqua le début des grandes religions comme le judaïsme. Élus Roi à vie, de père en fils, possesseur d’un savoir exclusif leurs donnant une puissance exclusive.

L’énorme masse de glace qui s’était retirée avait offertes au développement, de nouvelles régions auparavant inconnues. Par ailleurs, les ancêtres de ces peuples dont la tradition n’a pas changé, depuis la période mégalithique, seraient à l’origine de la construction de Stonehenge et de plusieurs autres constructions.

Entendant cela, nous n’en croyons pas nos oreilles et nous sentons comme impuissants et ridicules. Les connaissances et la franchise des propos de cet interlocuteur de marque, nous laissent sans voix. Nous échangeons quelques regards abasourdis avec François, mais ne voulons pas interrompre le flot d’information qui nous est offert, malgré le côté romancé de la chose. Tendant l’oreille, nous nous concentrons pour ne pas perdre le fil.

Puis, repris l’Abbé, le déluge revint et celui qu’on appelait Marduk, Seth, Némésis, Shiva, ou encore Lucifer pour certains ou Nibiru pour d’autres, revint encore une fois imposer son cycle à la terre et aux hommes ! Ceux qui n’était pas mort et emporté par les flots des torrents, devait survivre. Les Sumériens, l’Ancien Empire égyptien, La Dynastie des Hsia, les Minoens, les Indes, la Grèce préhellénique ou l’Empire Maya.

La période actuelle de 5146 ans dans laquelle nous vivions jusqu’à ce début d’année actuel, se termina en décembre 2012. Les changements climatiques et géophysiques et cosmologiques, qui ont eut lieux ces dernières années en s’accentuant, n’ont absolument rien à voir avec l’activité humaine, si l’on ne tient pas compte de la pollution et, nous démontrent qu’un bouleversement doit avoir lieu. A cet effet, je ne comprends pas, dit le serviteur de Dieu, pourquoi ce décalage avec les prédictions jusqu’alors si précises.

Les Indiens Hopis ont prophétisé depuis des siècles sur de nombreux événements d’ampleur planétaire. Ils avaient annoncés des générations à l’avance, la venue d’une race d’hommes barbus, à la peau claire, montés sur des animaux étranges et portants des armes inconnues. Ceux-ci arriveraient d’au-delà de la grande mer de l’Est et auraient pour emblème la croix, mais ils allaient briser le cercle sacré de la nation et de l’harmonie avec la Mère Terre, en introduisant un mode de vie déséquilibré appelé Koyaanisqatsi et qui tendrait éventuellement à disparaitre. Les prophéties des Hopis sont, à peu de chose près, identiques à celles des Mayas.

L’une des grandes prédictions dit ceci: « Un jour certaines étoiles viendront ensemble en une seule rangée, comme cela s’est déjà produit il y a des milliers d’années. C’est le temps de purification pour la Terre, entrainant des changements majeurs. Ce qui peut se produire, personne ne peut le savoir réellement ».

Des étoiles en une seule rangée, questionne François d’une voix portant sur les aigus.

Oui, lui répond l’homme à la connaissance quasi infinie, cet élément évoque l’alignement de toutes les planètes qui s’est produit le 21 décembre 2012. D’après cette prophétie, outre d’immenses dégâts et pertes en vies humaines, ce serait le début d’une nouvelle ère glaciaire. Cependant, comme vous pouvez le constater, poursuit-il prenant un air un peu déçu et déconcerté, tout ceci n’a pas eu lieux, du moins pas encore ou de manière trop subtile pour être décelée à ce jour.

Pour ces indigènes hopis, issus du Nord est de l’Arizona et dont la coutume lors de célébration de mariage était de laver les cheveux des mères des promis dans le même récipient afin de sceller l’union des familles, il existe cinq mondes, nous explique François. Je connais cette histoire car j’avais fait un voyage dans cette région aride et avait suivit les traces de ce peuple durant mon séjour touristique. Le guide nous avait expliqué que pour les Hopis, le chiffre 5 est un chiffre néfaste. En effet, il symbolise le carrefour entre les quatre pôles; sorte de gouffre ou de trou noir projetant la malédiction. Pour eux, continue mon compagnon de route, nous nous trouvons actuellement dans le quatrième monde, les mondes antérieurs étant ceux réservés aux divinités, aux animaux et aux hybrides regroupant les deux précédents. Ces trois premiers mondes sont souterrains, alors que le notre est aérien. Les araignées sont perçues comme étant le lien entre ces types de mondes différents, avec à leur tête une déesse mi-femme, mi-arachnide. En effet, dans cette région du monde, les araignées, de forte taille bien souvent, vivent dans des galeries sous le sol et ressortent à la surface pour s’y déplacer. La voix de mon ami d’aventure est grave et inquiétante, malgré son air décontracté.

C’est exact, reprend l’homme d’Eglise, réajustant son coussin sous son fessier et s’appuyant sur le mur à nouveau. Selon la légende, le premier monde a été détruit par un feu dévastateur qui vint du ciel et de la Terre. Le deuxième a pris fin quand le globe terrestre a dévié de son axe et que tout fut recouvert de glace. Ensuite, le troisième, quant à lui, a été anéanti par un déluge universel. Le monde actuel est le quatrième et sera anéanti par les flammes. Suite à cette dernière révélation, des souvenirs d’images tirées des journaux télévisés quotidiens nous viennent automatiquement à l’esprit à tous. Des images de villes décimées par les bombes et la haine, des puits de pétrole en vomissant leurs flammes à des dizaines de mètres de haut ou encore, des avions percutant des immeuble en plein centre ville. Un long silence s’installe alors entre nous, nos regards se frôlant et s’évadant, emplis de honte.

Mais, s’ je peux me permettre de vous interrompre et de vous poser une question, dis-je à mi-voix, de peur de manquer de politesse à cet homme respectable qui nous instruit de ses connaissances. Pourriez-vous simplement m’expliquer ce qu’est cette planète Nibiru dont vous aviez évoqué le nom précédemment, j’ai déjà entendu parler de ce nom étrange, mais en parlant de médecine chinoise, cela m’intéresse, précise-je.

Bien entendu, me répond l’Abbé, touché de constater mon intérêt grandissant pour ces explications. Lorsque les douze spirales de l’ADN à segmentation variable, à savoir, deux actifs sur les douze à l’origine, seront réactivées, ces spirales commenceront à se connecter sur le système des douze centres énergétiques de l’homme, nommés chakras. L’homme en possède sept internes et cinq externes, en correspondance avec les douze luminaires et planètes de notre système solaire, si l’on y inclut la planète Nibiru, planète de passage, planète X ou dixième planète.

François se lève, l’air dépité et nous annonce que cette dernière théorie le dépasse complètement et qu’il estime que cela va trop loin pour lui, effectuant quelques pas en formant un cercle afin de se dégourdir les jambes et faire circuler le sang. Il finit par s’éloigner de nous en direction des étagères remplies de livres de toutes sortes et commence à arpenter les allées sombres, frôlant du bout de ses doigts de sa main gauche les tranches des bouquins, penchant la tête sur le côté pour y lire les titres.

Le laissant à ses occupations de détente, je poursuis ma discussion passionnante avec l’Abbé et lui demande s’il connaîtrait d’autres prédictions concernant cette date fatidique de fin 2012.

Il me répond, appréciant mon intérêt croissant, qu’il y a quelques 10 000 ans, l’axe de la terre aurait basculé provoquant un glissement des pôles. Cet évènement les Égyptiens, qui pourraient être, selon son avis personnel, les héritiers directs des Atlantes, l’ont appelé « Le Grand Cataclysme ».

Les Égyptiens accordaient à Sirius une place considérable dans leur système de calcul du temps, son apparition annuelle, qu’ils savaient parfaitement exacte, annonçait les crues du Nil. A travers cette forme lumineuse, ils trouvèrent une autre forme de vénération de la divinité, et construisirent des Pyramides, qui ne sont pas autre chose que quatre triangles accolés, se rejoignant en un point de Centre, le sommet. L’univers de l’esprit, dieu, esprit ordonné et non par hasard, Dieu Grand Architecte de l’Univers, siège au sommet du triangle, donc de la Pyramide, là où il n’y a de place que pour Un. Selon notre nouveau compagnon, les Atlantes auraient transmis aux Égyptiens, ces secrets.

Il y a quelques 10 000 ans, l’axe de la terre aurait donc basculé provoquant un glissement des pôles et un cataclysme planétaire. La disposition des pyramides suggère un lien avec l’Atlantide. Des scientifiques ont en effet découvert que les pyramides d’Egypte étaient disposées suivant un schéma correspondant exactement à celui d’une zone de la constellation d’Orion, telle que celle-ci apparaissait en 10 450 avant J-C, c’est à dire bien avant les débuts de la civilisation égyptienne, mais à une époque pouvant être celle des Atlantes.

Oui, dis-je, coupant la parole de l’homme d’Eglise, j’ai déjà lu un article traitant du basculement des pôles. Je me souviens qu’un certain Gregg Braden a apporté la preuve scientifique du passage de la Terre à travers la ceinture de photons et du ralentissement progressif du rythme des rotations de la Terre. En même temps, il est parvenu à démontrer scientifiquement l’accélération de la fréquence de résonance de la Terre, que l’on appel la « Résonance Schumann ». Selon ce scientifique, quand la Terre arrêtera ses rotations et que la fréquence atteindra 13 cycles soit 13Hz, nous serons au  »Point Zéro » du champ magnétique. Il pense que la Terre s’immobilisera puis commencera à tourner dans l’autre sens produisant un renversement dans le champ magnétique autour de la Terre et en elle. Gregg Braden en tire une série de conséquences précisant que cela n’engage que lui et expliquant que le temps devrait paraître de plus en plus rapide au fur et à mesure que nous approcherons du  »Point Zéro ». Actuellement la Terre atteint 12 cycles (12 Hz) et devrait théoriquement s’arrêter à 13 cycles. En provoquant le renversement des pôles magnétiques, la traversée du Point Zéro précipitera probablement l’ensemble de l’humanité dans la quatrième dimension, qui n’est elle-même qu’un point de transit vers la cinquième. À ce stade, chaque chose que nous penserons ou désirerons se manifestera instantanément. Le Point Zéro sera probablement atteint sous peu, dans les toutes prochaines années. Pour lui, en 2013, nous devrions entrer dans la cinquième dimension, après un saut éphémère dans la quatrième dimension, au Point Zéro. Le changement d’Âge au Point Zéro, prédit par différents peuples depuis des milliers d’années est donc sur le point de se réaliser, conclus-je, sur un ton triste et désemparé.

Il y a eu de nombreux autres changements d’Ère avant celui qui nous préoccupe, intervient soudain François qui est allé se perdre derrière une montagne de livre au fond de la pièce. Mais aucun n’a été aussi radical que celui qui vient, poursuit-t-il.

Ces bouleversements interviennent toujours chaque 13 000 ans, soit la moitié de 26 000, ce qui équivaut à une révolution complète du Soleil autour du Soleil Central de notre galaxie, lui répond l’Abbé.

Après le franchissement du Point Zéro, le Soleil se lèvera à l’ouest et se couchera à l’est. Différents textes anciens, dont l’authenticité ne peut être mise en doute, témoignent de l’existence de tels bouleversements dans le passé lointain de l’humanité, reprend François, sèchement, reposant lourdement un livre qu’il vient de tirer hors de sa rangée.

La plupart des technologies que nous connaissons cesseront bientôt d’être opérationnelles. L’exception pourrait être celle de l’énergie libre déjà imaginée par Tesla il y a plus d’un siècle, mais interdite et occultée par le gouvernement mondial jusqu’à ce jour. Le Calendrier Maya avait prédit tous ces changements qui arrivent maintenant. Les Mayas avaient prévu que nous irions au-delà de nos technologies et que nous reviendrions aux cycles naturels basés sur l’Harmonie Universelle, s’écrie François, s’emballant nerveusement sur ce sujet épineux et tendancieux.

Selon les lois de mathématique et de physique, insiste mon ami de voyage, la Terre ne peut subitement tourner dans l’autre sens à cause de la conservation du moment cinétique. Il faudrait une collision violente pour que cela se produise…

Ou l’arrivée d’une planète dans notre système solaire déréglant tout sur son passage, lui prends-je la parole, une planète que l’on baptiserait Nibiru par exemple. Une inversion des pôles est alors plus probable, plutôt qu’un changement de rotation de la terre, ne penses-tu pas, me mets-je à lui demander cyniquement.

Un peu vexé par mon attitude hautaine, François me jette un regard électrique, avant de retourner à ses découvertes de livres, m’ignorant simplement.

Mais vous devez avoir faim, intervient soudain l’homme d’Eglise, dans un soucis de calmer les esprits échauffés par la fatigue et les sujets abordés. Allons plutôt trouver quelque chose à manger et reprendre des forces. Vous pouvez rester pour cette nuit, mais demain il vous faudra repartir, nous précise-t-il froidement, s’en retournant et, tenant la bougie, à demi consumée, s’en allant à faible allure en direction de la porte menant à l’escalier de la tour. Passant devant François, il relève la tête et la tourne pour regarder mon ami, accoudé sur une étagère, pivotant la tête à son tour, lentement, pour suivre le maître des lieux du regard.

Nous nous engageons sur les traces de l’Abbé qui se trouve déjà dans l’encadrure de la porte et s’apprête à redescendre à l’étage principal du bâtiment. La luminosité, portée à bout de bras par l’homme d’Eglise, s’éloigne de lu local où nous nous trouvons encore et finit par totalement plonger la pièce dans le noir, lorsque l’homme tenant la chandelle eu passé le couloir entre la bibliothèque et l’escalier.

Après avoir dévalé les marches quatre à quatre afin de rejoindre notre nouvelle connaissance, partie en avant, nous parvenons devant la porte d’entrée, où l’Abbé nous attend.

Allons chercher quelques provisions dans mes réserves personnelles, nous dit-il d’un air malicieux, comme un enfant à qui l’on aurait remis un billet de dix et qui se serait empressé d’aller le mettre dans un endroit à l’abri des regards. Un mélange d’excitation face à l’interdit et de fierté personnelle se fait ressentir dans le timbre de sa voix tremblante. Attendez-moi ici, je reviens de suite, nous ordonne-t-il gentiment, me transmettant la chandelle dans les mains.

D’un geste rapide et sans hésitation, l’homme d’Eglise se faufile au travers de la faille laissé par la lourde porte d’entrée de l’Abbaye, restée entrouverte après notre premier passage. Sa silhouette s’éloigne dans la nuit, passant près de deux chats de gouttière en pleine rixe bruyante, ne suffisant même pas à le séparer.

Depuis notre hall d’entrée, au travers du judas laissé par l’antre entrebâillée, nous ne parvenons bientôt plus à distinguer la forme du corps de l’Abbé, continuant à courir dans l’allée sombre. Quelques reflets transpercent de temps à autre la nuit, nous laissant deviner la direction dans laquelle il semble s’engager.

Des aboiements de chiens se font tout à coup entendre, sans que nous ne sachions exactement de quelle direction ils peuvent provenir. Il ne s’agit apparemment pas de cris canins d’avertissement ou de garde de territoire, quelque chose sonne différemment. On dirait un message qui se transmet, une menace qui se rapproche. Des mouvements dans la pénombre se font en silence, se rapprochant progressivement et de façon angoissante. Impossible de crier pour prévenir notre nouvel ami, sans ameuter la bourgade toute entière.

Soudain, le pourtour de la silhouette de l’Abbé se dessine au loin, transportant quelque chose de volumineux sous son bras droit et ce qui doit être un sac ou un panier dans la main gauche. Il marche en notre direction, mais semble perturbé par quelque chose derrière lui et se retourne constamment pour regarder sur ses talons. De où nous sommes, il nous est impossible de distinguer de quoi il s’agit.

Arrivé au milieu de la place qui s’étend devant nous, prolongée par la ruelle sombre, il jette un dernier coup d’œil par dessus son épaule et commence à courir. La lueur froide de la lune qui éclaire la cour devant nous, finit par nous montrer l’espace d’une seconde la raison qui le pousse à agir de la sorte. Derrière l’homme de foi, brillent une bonne trentaine d’yeux perçants, scintillants comme des billes d’acier. Il en vient de partout autour de notre coursier apeuré. Ses pas s’enchaînent à un rythme soutenus et, étant donné sa forte corpulence, il ne tiendra pas longtemps. Pourvu qu’il y arrive, me surprends-je à marmonner d’anxiété, raclant la peau de ma main gauche avec les ongles de l’autre. Il ne lui reste plus qu’une bonne quinzaine de mètre à parcourir pour venir se réfugier avec nous dans le lieu saint, mais cela suffira-t-il me demande-je.

Tout à coup, comme si le chef de la meute enragée se serait présenté, les aboiements cessent d’un coup et seuls les frottements des griffes protubérantes, dépassant anormalement de leurs pattes laissés sans soins se fait entendre. Ils continuent à avancer et se rapprocher, dit François, prêt à bondir hors de l’Abbaye pour porter secours à l’homme qui avait tenté de se suicidé quelques heures avant.

Il va se passer quelque chose, il faut agir, dis-je, ce silence est limpide, l’attaque est imminente, il n’aura pas le temps de parcourir la courte distance qui nous divise, dis-je, commençant à m’affoler. Mais, au moment où je pose ma main sur le rebord de la porte pour l’ouvrir et me précipiter dehors, la main de François vient se poser sur mon épaule et sa voix me demande de me calmer et d’attendre encore un peu.

Devant nous, le visage bouffit du saint homme, rougit par l’effort, se distingue peu à peu de l’obscurité. Sur son front perle des gouttes de sueur, tandis que sa bouche déformée par une grimace, tente d’emmagasiner le plus d’air possible, afin de récupérer son souffle. Il ne lui reste désormais moins de dix mètres à effectuer pour venir se réfugier entre les murs du bâtiment.

Mais, à peine parvenu à raccourcir cette distance de trois à quatre mètre, lui laissant encore cinq bons mètres, en tous cas, à courir pour sauver sa peau, que surgit d’un peu partout autour de lui, hormis de nôtre côté, une horde de chiens menaçants. Les crocs bien en évidence, les babines retroussées, grognant, bavant et parfois même se battant entre eux, les molosses s’avancent lentement. Le pelage hérissé et la tête baissée, ils forment un arc de cercle qui se referme de plus en plus sur leur proie, forçant l’Abbé à se stopper dans sa course. Le regard de l’homme se sentant traqué, nous fixe impuissamment, semblant surpris que cela puisse lui arriver, lui qui plus tôt dans la soirée pensait pouvoir s’endormir à jamais sous l’effet des médicaments.

Surpassant sa terreur, il finit par s’adresser à nous, d’une voix emplie de rancœur et d’effroi, nous suppliant de lui venir en aide, partant du principe que s’il se trouve dans cette situation en ce moment, c’est un peu grâce à notre esprit samaritain. Son regard reste figé sur nous, tandis que ses membres commencent à trembler de peur. Les chiens sont maintenant à quelques centimètres de lui et continuent à dévorer du terrain, frôlant bientôt la soutane de l’homme de leurs truffes humides, approchant et approchant encore.

François, s’appuyant sur moi se met sur la pointe des pieds et dit à l’Abbé de jeter le pain circulaire qu’il tient bloqué sous son bras. Mais au moment où se dernier relève son bras pour laisser glisser le kilogramme de pâte cuit et le rattraper de sa main ballante, en-dessous, les dents du premier canidé lui transperce la chaire du mollet droit et la déchire sauvagement grâce à un mouvement de tête effréné du molosse. Une coulée de sang luisant sous les reflets lunaire s’écoule le long du bas de sa jambe, s’imprégnant pour une part de le tissu déchiré de sa robe de cérémonie et pour l’autre part, dans les filins de ses chaussettes brunes. Un léger cri de douleur s’échappe de la gorge de l’homme d’Eglise, qui se courbe en arrière avec le dos, se dressant vers le ciel et levant la tête aux cieux, comme implorant son Dieu pour sa clémence.

Le pain, qui entre temps a glissé de sous son bras pour venir se poser dans sa main, n’a pas su y rester, sa main se raidissant suite à la douleur, ce dernier percute le sol devant les pieds de l’homme devenu proie. Un bruit sourd et étouffé se déjà du contact entre la croûte de farine cuite et le sol gravilloneux de la cour. Trois des chiens se tenant juste à côté bondissent immédiatement sur le cadeau providentiel, abandonné par son propriétaire et s’adonnent à une lutte sans merci entre-eux pour se départager la plus grosse part.

Une seconde morsure à la hanche, suivit d’un pincement sur la main censée rattraper le pain, s’en suivent. Les grognements de plus en plus agressifs de ces quadrupèdes enragés se multiplient et finissent par se transformer en un grondement commun et de mauvais augures. Cette fois je dois y aller, me dit François, me bousculant et s’élançant en avant dans la meute. Reste ici et veille à refermer la porte dès que je l’aurai ramené, m’ordonne-t-il.

Mon ami, sachant éperdument qu’il n’a pas le choix, ne pouvant pas tous les affronter et encore moins en même temps, saisit sa chance et inflige un coup de pied digne d’un footballeur professionnel entre les côtes du premier animal sur son passage. Le chien, surpris par la venue inattendue de cet individu redoutable, émet un cri de douleur sous l’impact du coup porté. Un craquement éclate, signalant la cassure nette d’une partie des ossements du ventre de l’animal. Ce dernier retomber lourdement un mètre plus loin, ne se relevant pas et se tordant de douleur en poussant de petits cris aigus.

Deux autres chiens subissent une nouvelle attaque de mon compagnon de route, avant que celui-ci ne parvienne à la hauteur de l’homme de Dieu et ne lui saisisse sa main éraflées par les crocs d’un des molosses. Suis-moi, lui ordonne François, pivotant sur lui-même et recommençant à courir en ma direction.

La meute, surprise par son intervention marque une seconde d’hésitation à bondir et manque de peu les deux humains, qui courent désormais comme des dératés pour venir se réfugier. Ne te retournes pas, continues à courir aussi vite que tu peux, crie François, le souffle haletant, tandis qu’il me fait signe du bras de me pousser pour les laisser pénétrer dans le lieu saint avant que je ne referme bruyamment la porte derrière eux.

Un chien a réussi à se faufiler pendant que je m’acharnais à mouvoir la lourde porte de bois et tente d’attaquer François qui, d’un geste rapide et puissant, repousse le carnassier du bout de son coude droit. Le chien retombe à terre et glisse légèrement sur le sol avant de se relever d’un bon et de refaire face à mon ami. Un second a faillit passer, mais, par un violent coup de pied, je suis parvenu à le repousser et condamner l’accès juste après. Une série de chocs sourds sont venus cogner contre la masse de bois sculpté, suivit de petits couinements de douleurs. L’Abbé, suffisamment ébranlé par sa sortie à l’extérieur de sa demeure, se recule et s’écarte du combat qui sévit entre l’intrus à quatre pattes et son sauveur.

Le molosse, fixe François de ses yeux noirs, les babines retroussées, laissant apparaître ses crocs d’un blanc ivoirien. La rage qui émane de cet animal me donne froid dans le dos, mais malgré cela, je bondis en avant et, me saisissant d’un bougeoir à côté de l’entrée, fend l’air pour tenter de frapper le canidé. Il effectue un rapide bond de côté afin d’éviter la barre de métal forgé qui s’abat sur son crâne, mais ne parvient pas à suffisamment s’écarter et, le métal qui fouette son flanc, déchire sa peau sur une longueur de cinq centimètres environs. Le chien chancelle un instant et se ravise, nous faisant à nouveau face, le poil irisé et grognant de manière frénétique. Il effectue deux petits pas en arrière, courbe la tête, reste une seconde ainsi, croisant nos regards anxieux et soudain, bondit au cou de mon ami, qui, tentant de se protéger le visage de ses mains, s’encouble et s’effondre sur le sol. Une lutte sans merci s’en suit, François essayant d’éviter, tant bien que mal, les redoutables coups de mâchoire du molosse et gesticulant en tous sens, tandis que son assaillant cherche sa gorge pour lui assainir un coup fatal.

Face à cela, l’Abbé, resté tapis jusqu’ici dans l’ombre, se saisit du long cordon qui entoure sa taille et, tirant dessus, défait le nœud qui lui sert à maintenir sa soutane. Il s’avance rapidement vers le conflit qui sévit et, d’un geste précis, passe le cordage sous l’abdomen du quadrupède enragé, entre ses pattes avant et arrière. Le chien, trop concentré à tenter d’arracher la glotte de son adversaire humain, ne sent pas le lien qui l’entour et continue de faire claquer sa mâchoire au dessus du visage apeuré de François.

Approche, me crie alors l’homme de foi, me tendant un bout de la corde. Ce dernier vient de croiser la corde au-dessus du chien, l’encerclant comme on le ferait avec un emballage cadeau auquel on ajouterait un ruban décoratif. Une fois l’extrémité de la corde dans mes mains, il me demande de tendre cette dernière de toutes mes forces, commençant lui-même à reculer, l’autre bout de corde dans ses mains. Les filaments composant le lien tressé émettent un crissement, se resserrant sous l’influence de la traction croissante exercée. Il ne faut pas longtemps avant que le chien ne commence à geindre dans de petits cris aigus, se répercutant dans la salle attenante, dans un écho insoutenable.

La boucle autour de la taille de l’animal continue de se resserrer, le forçant à abandonner son attaque, ne tentant plus qu’à se débattre pour se sortir de cette emprise étouffante. Ses complaintes se changent progressivement en hurlements de douleurs et son corps se trémousse désormais violement, pris au piège. Tirant encore d’avantage sur les liens, tendant la corde encore un peu plus, nous commençons à soulever le molosse dans les airs, sans qu’il ne puisse se dégager. François en profite pour rouler sur le côté et s’extraire de cette impasse.

Le chien, à bout de souffle, le thorax compressé par la corde, cesse de bouger, ne laissant plus que ses pattes emprises à des spasmes réguliers et de plus en plus faible. Sa respiration sifflante à pris le pas sur ses hurlements et sa tête retombe lourdement, suspendue à son corps bientôt inerte. Cela suffit, dis-je en m’avançant vers l’homme d’Eglise afin de détendre la prise. Il est inutile de le tuer, il a son compte et pourra s’en remettre, continue-je.

L’abbé m’indique alors une petite lucarne à côté de moi, permettant de basculer l’animal étourdit et de le mettre dehors de l’abbaye, sans prendre le risque d’ouvrir la porte d’entrée, derrière laquelle se trouve toujours la meute de chien, devenus quasiment silencieuse.

Quelques molosses commencent de suite à aboyer rageusement de l’autre côté de l’antre, entendant la lucarne s’ouvrir. Toutefois, comme nous le souligne l’homme d’Eglise, cela ne devrait pas attirer d’avantage l’attention que notre petite excursion précédente ayant tourné au vinaigre. Si des gardes se trouvent dans la bourgade, ils devraient déjà être ici, nous dit François, d’un ton quasi dédaigneux. Cependant, je dois avouer ne plus en avoir aperçu dans les environs de Montbenoît depuis deux jours, ajoute l’Abbé, laissant un temps d’arrêt, restant pensif. Un convoi est venu un matin et depuis, le village semble totalement désert, mais je n’ai pas osé m’aventurer hors d’ici afin d’en être sûr à cent pour cent, termine le religieux.

Refermant la lucarne derrière lui, il nous invite à prendre connaissance du contenu du panier qu’il a réussit à dégotter dans une cave avoisinante. Certainement des réserves laissées par les miliciens, lors de leur siège dans ce petit village, pensons-nous tous directement. Servez-vous, la corbeille se trouve dans la pénombre, à droite de l’entrée; je l’y ai laissé avant de neutraliser le canidé.

Je ne mets pas long à mettre la main sur les provisions rapportées et découvre un gros morceau de fromage, du gruyère, comme j’aime et quelques saucisses à manger crues. Il y a encore des fruits n’étant plus de toute première fraîcheur et indiquant de sérieux signes de décomposition par endroits. Six œufs, dont un s’étant brisé durant le trajet mouvementé surplombent le tout, appuyés contre deux bouteilles de lait, d’un litre chacune.

Ce n’est pas un repas de fête mes amis, s’exclame l’Abbé, mais cela devrait vous permettre de reprendre des forces avant de reprendre la route. Vous comprenez bien que je ne peux vous offrir d’avantage d’hospitalité que cette nuit, poursuit-il, les soldats finiraient par vous trouver et qui sait ce qu’il adviendrait alors de vous et de l’Abbaye. Venez, allons dans la salle de culte, nous y serons à l’aise pour nous nourrir et nous pourrons profiter des bancs pour nous allonger et nous reposer, termine-t-il, commençant à se diriger vers la salle d’à côté.

Je dois encore vous parler d’un sujet que j’ai omis précédemment de vous mentionner, nous annonce l’homme en soutane, une fois le repas entamé. Connaissez-vous l’existence des crânes de cristaux, nous demande-t-il, tout en finissant de mastiquer ce qui, jusqu’à présent, ressemblait à un morceau de fromage.

Etant donné notre manque de connaissance en mysticisme, l’Abbé s’installe plus confortablement en arrière et nous explique que les crânes de cristal sont connus des Européens depuis la fin du XIXe siècle et dès lors, ont toujours suscités bien des spéculations.

Selon la prophétie Maya, les crânes leur ont été transmis par les Atlantes qui les tenaient des Initiateurs venus du ciel. Lorsque les treize crânes seront réunis, ils révèleront le secret de la vie. Une fois de plus, cette étrange prédiction se rapporte au 21 décembre 2012, chose qui n’a évidemment pas eu lieu, ou qui n’a du moins pas fait autant de bruit que prévu. Les crânes ont subitement tous disparu durant la nuit du 17 décembre. Tant les musées que les collectionneurs et autres milliardaires se sont vus subtilisés leurs précieux biens sans pouvoir intervenir. On raconte même que certains les auraient vus se volatiliser, alors que d’autres se plaignent d’avoir été drogués à leur insu et manipulés par la suite.

L’homme d’Eglise marque un temps d’arrêt et s’envoi une rasade de lait, avant de reprendre calmement.

Selon la légende, les crânes détiennent des pouvoirs de divination, de guérison et médiumnique. Ils sont censés regrouper de grandes informations sur l’histoire des humains et des anciennes civilisations.

Ces cinq crânes ont été étudiés par le British Muséum qui en possède un, mais hormis une foule d’interrogations restées sans réponses jusqu’à ce jour, ils ne parvinrent pas à en percer le mystère.

Le premier spécimen fut retrouvé en 1924 par Anna Le Guillon Mitchell-Hedges et de son père adoptif, l’explorateur anglais Frederick Albert Mitchell-Hedges, dans les ruines d’un temple de la cité Maya à Lubaantùn, au Belize.

En dehors de l’absence des sutures crâniennes, c’est une reproduction quasi parfaite d’un crâne humain féminin, pesant 5 kg et étant composé de deux morceaux. La partie correspondant à la mâchoire inférieure s’ajuste exactement à la partie supérieure.

Pardonnez-moi de vous interrompre, mais si je comprends bien, la précision de la coupe est telle, que nous ne comprenons pas, actuellement, comment des peuples, sans notre technologie, ont pu faire pour y façonner, c’est bien cela le grand mystère qui les entoure, demande François au représentant de l’Eglise.

En effet, reprend l’Abbé, mais il s’agit là juste d’une partie de l’énigme. Les savants de notre époque sont dubitatifs face à la question des outils nécessaires à la taille du quartz; cette matière étant proche du diamant au niveau de sa dureté. Les technologies antérieurs à la notre ne devraient pas, selon nos connaissances, pouvoir le faire et, encore moins avec une telle précision chirurgicale. On sait que les peuples amérindiens n’utilisaient pas d’outils pour façonner leurs objets; c’est là tout le problème qui se pose aux scientifiques. A nouveau, le ton de la voix de l’Abbé laisse deviner sa passion ardente pour ces sujets emplis de mystères.

Le plus aberrant, s’exclame-t-il, c’est qu’aucune trace d’instrument de taille n’y est présente. Nos scientifiques estiment à 300 le nombre d’années qu’il aurait fallu à ses peuples pour polir manuellement chaque crâne, avec un mélange de sable et d’eau, que l’on aurait frotté. Il faudrait une année pour obtenir un aspect extérieur avoisinant cette qualité, avec les technologies actuelles se basant sur du polissage au diamant. Cependant, nos connaissances à ce jour laisseraient des traces de frottement et des éclats dans la pierre, ce qui n’est pas le cas avec ces crânes ancestraux. Par ailleurs, il serait pratiquement impossible de reproduire ces mêmes capacités prismatiques avec si peu de matière, la précision du positionnement et du polissage étant trop minutieuse pour nos machines. Vous rendez-vous compte, nous questionne-t-il.

Voyant sa question demeurer sans réponse de notre part, hormis nos yeux écarquillés qui nous trahissent, l’homme de foi continue son développement.

Il nous explique alors que si l’on éclaire le crâne par dessous, la lumière et guidée à travers pour ressortir par les orbites des yeux. Le plus étonnant reprend-t-il de suite, c’est que si les rayons naturels du soleil viennent se poser sur l’arrière de la boîte crânienne, le faisceau qui en ressort du nez, de la bouche et des yeux est concentré à tel point qu’il en devient incandescent et pourrait enflammer les matières qui se trouvent sur le passage des rayons.

Après des analyses méticuleuses effectuées par des scientifiques, il a été découvert que chaque crâne est constitué de quartz naturel, extrêmement pur et de dioxyde de silicium anisotrope, leur procurant une grande stabilité physique, chimique et thermique. Chacun possède une polarité précise et réagit à la lumière ou à l’électricité, directe ou par pression physique. Les morceaux formant les deux parties distinctes du crâne sont taillés dans le même bloc de cristal de roche, selon son axe de symétrie moléculaire, ce qui lui confère ses propriétés optiques hors normes.

Croyez-le ou non, marmonne-t-il, les crânes de cristal détiendraient des pouvoirs magiques donnant accès à l’élévation spirituelle des humains et à la production spontanée d’images holographiques ou de bruits étranges. Certains parleraient ou chanteraient alors que d’autres auraient des propriétés de guérison et de clairvoyance.

Un des crâne de cristal a été baptisé « Sha-Na-Ra » et un autre « Max ». Un autre, appelé, « Croix du reliquaire », porte ce nom dû au trou en forme de croix, percé par les Espagnols sur son sommet, afin d’y implémenter une croix de rubis.

Mais en quoi ces crânes, hormis leur aspect physique, sont si intrigants, me mets-je à demander à l’Abbé.

Le cristal de quartz, me répond-t-il, fait aujourd’hui parti de notre vie. Le cœur de nos ordinateurs, où toute l’information est stockée, est une petite puce en cristal de silicium. Cette puce utilise les propriétés uniques du cristal pour stocker les informations. On pourrait imaginer qu’il s’agit d’ordinateurs exceptionnels, venant du passé, dans lequel se trouve une série de messages pour notre avenir.

François, réfractaire à ce genre de récit intervient et demande à son tour en disant que si le cristal de quartz est depuis peu à la pointe du progrès scientifique; qu’on le retrouve dans l’instrumentation de mesure, les télécommunications ou encore les systèmes radars et sonars, alors pourquoi ces crânes ont-ils été précisément façonnés dans ce type de quartz ? Cette civilisation antérieur aurait-t-elle eu des connaissances que nous ne possédons, nous, humains du XXIe siècle, que depuis une centaine d’année, insiste-t-il.

L’interrogation de mon partenaire semble amuser l’homme d’Eglise qui lui répond ne pas avoir de réponse à cette question. Mais je sais que la légende Maya dit que, les Itzas, venus de l’Atlantide, ont apporté les crânes avec eux.

Il faut savoir que l’Atlantide a toujours fait parti de la tradition orale des peuples amérindiens. A Tula, une métropole des Toltèques, vieille de plus de 1 000 ans, il y a un temple appelé « Temple des Atlantes ». Derrière ce temple, il y a le mur de Coatepantliau ou mur serpent, orné de bas-reliefs. Ils représentent une série de serpents avec un crâne humain à la place de la tête, ceci permet aux archéologues et historiens de notre époque de tisser un lien entre ces peuples.

Apparemment, les prêtres mayas utilisaient les crânes lors de cérémonies et les destinaient à prévoir l’avenir en les faisant parler ou chanter.

Il faut savoir que dans la culture Maya, au commencement, il existait douze mondes où une vie humaine était présente. La Terre était appelée « la planète des enfants ». Les onze autres mondes ont rassemblé leurs connaissances dans une sorte d’ordinateur holographique, les crânes de cristal. Ces « Anciens » ont amené ces crânes sur Terre et ont fait don de la connaissance aux hommes. Ils aidèrent les hommes à construire quatre grandes civilisations appelées à ce jour, Lémurie, Mu, Mieyhun et l’Atlantide.

Les Olmèques, puis les Mayas et enfin les Aztèques auraient été les gardiens de ces crânes, entreposés dans une pyramide appelée « L’Arche ». Ces derniers en auraient fait un mauvais usage et les crânes furent dispersés par les prêtres Aztèques, après la conquête espagnole.

Leur pouvoir collectif étant surpuissant, il fallut séparer les crânes pour pouvoir être utilisés avec sagesse par les hommes.

Voilà, conclut l’Abbé, maintenant, vous en savez autant que moi sur cette prophétie venant corroborer la thèse de la fin des temps pour 2012, chose qui, comme nous le savons déjà, n’a mystérieusement pas eu lieu.

Mais comment se fait-il que, malgré toutes ces prédictions se rapportant toutes à la même date; toutes ces religions différentes, pour lesquelles tant d’humains se sont battus et en sont mort, convergentes en ce même point, se soient révélées fausses, me mets-je à penser. L’Abbé vient de mettre le doigt sur quelque chose d’intriguant me rends-je compte, sachant que je ne parviendrai pas à y oublier tant que je n’ai pas d’élément de réponse. Il faut que nous sachions ce qui se trame, dis-je soudain d’un ton ferme et décidé, à mon ami d’aventure.

Il se fait tard mes frères, m’interrompt l’homme d’Eglise, rejoignant ses mains sous les longues manches tombantes de sa soutane et se redressant pour se diriger vers le petit meuble dissimulé vers l’autel. Nous le regardons se baisser par dessus ce dernier et en ressortir deux larges couvertures marron, dont l’aspect rustique retient notre attention.

L’abbé se dirige à nouveau vers nous, après avoir pris la peine de soigneusement refermer le meuble et, nous tend les deux rectangles de tissu rêche, nous souhaitant une bonne nuit et précisant qu’il monte se reposer en haut de la tour, au dessus de la bibliothèque précédemment visitée.

Nous le regardons alors s’éloigner dans la pénombre de la salle et disparaître dans l’escalier menant aux étages supérieurs situés dans le clocher.

Il ne reste plus que deux croûtons de pains à nous partager et un gros morceau de fromage, du reste, ne demeure que quelques miettes éparses. Nous terminons ce peu, profitant de remplir un peu plus nos estomacs, ne sachant pas de quoi demain sera fait et, après avoir étalé nos couvrantes sur les bancs de l’église, nous allongeons pour une courte nuit de sommeil.

Chapitre suivant : En ligne dès le 16.02.2010…

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